[LOUISIANE] Un petit peu d’histoire
Par Guillaume Fournier
Si j’ai pu me montrer critique envers La Nouvelle-Orléans dans l’un de mes billets précédents, c’est principalement parce que nous avons passé notre première soirée en ville à errer sur Bourbon Street.
Évidemment, il y a bien plus à voir, à La Nouvelle-Orléans, que cette rue, et c’est ce que nous nous sommes employés à faire, mercredi, en commençant par une visite guidée du quartier français.
Grâce aux précieuses informations qui nous ont été transmises par notre guide Frédéric, c’est une bonne partie de l’histoire de La Nouvelle-Orléans, que nous avons eu la chance de découvrir.
| À nous, l'histoire de La Nouvelle-Orléans! © Guillaume Fournier |
Ces informations bien en tête, je me suis lancé le défi de vous partager, à mon tour, l’histoire fascinante de cette ville mythique.
Les origines
La Nouvelle-Orléans a été fondée en 1718, par un colon montréalais du nom de Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville.
Avant lui, des coureurs des bois et des trappeurs canadiens avaient bien sûr exploré ce territoire, qui était par ailleurs occupé depuis longtemps par diverses tribus amérindiennes, mais c’est véritablement grâce à Le Moyne de Bienville que s'est finalement érigé ce tout nouveau port français d’importance.
Sous sa gouvernance, la ville se développe, puis devient rapidement un lieu de commerce recherché pour les Français, qui font de la traite des esclaves et de la gestion de plantations leur activité principale.
Mais coup de théâtre, en 1763 : la ratification de l’infâme traité de Paris voit la colonie passer sous le contrôle de l’Espagne.
| C'est vrai, la Louisiane a déjà appartenu à l'Espagne! © Guillaume Fournier |
Le royaume de Charles III, qui est lié à celui de Louis XV par de multiples alliances avec la maison Bourbon, reçoit, de la France, le territoire de la Louisiane, en guise de compensation pour les pertes de la Floride, du golfe du Mexique et de la Colonia del Sacramento au profit de l’Angleterre et du Portugal.
Pour Louis XV, ce transfert de territoire reste une solution pratique, qui lui permet de garder cette colonie à l’abri du contrôle des Anglais ou des Portugais. On s’imagine aussi facilement qu’il orchestre cette manoeuvre dans l’espoir de reprendre un jour le contrôle de ce territoire - ce qui est évidemment le souhait le plus cher des colons.
Car ces derniers sont déjà bien implantés en Louisiane et n’ont absolument pas l’envie de reconnaître l’autorité de l’Espagne, encore moins l’intention de devenir Américains. Ils sont à ce point convaincus de leur appartenance au peuple français qu’ils tentent même, en 1768, de recouvrer leur liberté en déclamant leur indépendance, mais ce projet de République tombe très rapidement à l’eau.
Il faut en fait deux incendies majeurs, à la fin du 18e siècle, pour que les autorités espagnoles parviennent enfin à modeler une partie de La Nouvelle-Orléans à leur image.
Les maisons en bois sont remplacées par des maisons en briques. Les mythiques galeries font lentement, mais sûrement, leur apparition. Le style architectural espagnol s’impose.
| Un exemple, parmi tant d'autres. © Guillaume Fournier |
Napoléon Bonaparte
En 1800, soit quelques années à peine après que l’Espagne eut terminé la reconstruction de La Nouvelle-Orléans, l’empereur Napoléon Bonaparte s’entend avec les Espagnols pour reprendre le contrôle de la colonie.
Nouveau coup de théâtre : à peine trois ans plus tard, il la revend aux États-Unis, afin de financer ses guerres européennes.
C’est ainsi que La Nouvelle-Orléans passe sous l’égide américaine. Un processus qui ne se fait pas sans heurts, pour les planteurs français, qui méprisent carrément les membres de la société américaine et peinent à accepter leur nouvelle nationalité.
Les deux solitudes se côtoient quand il le faut, mais habitent autrement des quartiers pour le moins différents. Le premier - celui des catholiques français -, abrite des gens riches, festifs, et souvent débridés; le second - celui des protestants américains -, abrite des gens aux métiers « ennuyants », tels que des banquiers, des avocats, ou des médecins, qui se font en plus les défenseurs de la bonne morale.
Évidemment, ces différences de culture se font ressentir jusque dans l’architecture des deux quartiers : d’un côté, nous retrouvons les maisons des planteurs, avec leurs fenêtres à volets, leurs cours intérieures et leurs quartiers d’esclaves; de l’autre, nous retrouvons les maisons blanches des puritains, avec leurs colonnes grecques, leurs jardins en façade et leurs fenêtres dénudées.
On comprend que, si les uns préfèrent cacher leur richesse et dissimuler leurs excès en tout genre, les autres souhaitent d’abord et avant tout exhiber leur prospérité comme la pureté de leur morale.
Bonne nouvelle, pour les puritains : les planteurs ne passent que quatre mois par année, dans leur maison de La Nouvelle-Orléans. Il faut bien les endurer pour Noël et Mardi gras, mais autrement, ils se tiennent dans leur plantation, où ils doivent « superviser » le travail de leurs esclaves.
Les esclaves
Fait intéressant - et il s’agit là d’une chose assez rare, dans le sud des États-Unis -, nous retrouvons des esclaves affranchis, qui ont acquis le droit de vivre en toute liberté, assez tôt dans l’histoire de cette colonie louisianaise. Leurs droits sont d’ailleurs reconnus à l’intérieur d’un document légal, qui est importé de France, et que l’on connaît mieux sous le nom de « Code noir ».
Sans surprise, les premiers esclaves qui bénéficient d’un tel traitement de faveur sont les maîtresses des planteurs, ainsi que certains de leurs enfants illégitimes.
Non seulement ces derniers peuvent-ils vivre librement, mais ils reçoivent une éducation et touchent même une partie de l’héritage de leur géniteur.
À l’inverse, ils peuvent aussi bien ne jamais être reconnu par leur paternel, ce qui leur assure de demeurer esclave toute leur vie.
Comme quoi la vie ne tient souvent qu’à très peu de choses…
La guerre de Sécession
Le 9 avril 1865, la guerre de Sécession se conclut par une ultime victoire des forces de l’Union, qui combattaient les forces confédérées depuis déjà cinq ans.
Évidemment, le mode de vie sudiste s’en trouve complètement bouleversé : fin de l’esclavagisme, crise économique majeure, redéfinition des classes sociales…
Les planteurs français (mais aussi les planteurs anglais, allemands, espagnols, etc.), qui sont délestés de leur fortune, tentent soudainement de créer des alliances avec des banquiers, avocats, et autres médecins américains, qui leur semblent soudainement beaucoup moins insignifiants.
Ainsi va la vie qui va, ah!
Storyville
Au fil des décennies suivantes, La Nouvelle-Orléans se transforme évidemment beaucoup, mais conserve tout de même ses spécificités premières.
L’esclavage n’existe peut-être plus, mais la ville reste toujours divisée en deux clans qui sont et resteront toujours inconciliables : les riches et les pauvres.
Le racisme reste le racisme, qui reste le racisme, qui reste le racisme…
Et on fait encore la fête, à La Nouvelle-Orléans.
Beaucoup.
C’est la raison pour laquelle on décide de créer un tout nouveau quartier, en 1897, qui est très fortement inspiré des quartiers chauds de certaines villes portuaires allemandes et hollandaises.
L’objectif : légaliser la prostitution, afin de mieux la contrôler.
« The District », que l’on appelle plutôt « Storyville », devient rapidement le quartier le plus incontournable de la ville.
Il n’est pas impossible que vous ayez déjà entendu parler de ce red light louisianais autrement que pour ses maisons closes, ses saloons, ou ses maisons de jeu, puisque c’est là qu’a véritablement commencé la prolifération d’un certain style musical, aux origines intrinsèquement liées à l'histoire de l’esclavage, à savoir : le jazz.
Le quartier prolifère pendant deux décennies, puis se bute à un problème majeur, lorsque les États-Unis font leur entrée dans la Première Guerre mondiale : celui des maladies vénériennes.
Oui, oui, les maladies vénériennes!
À ce sujet, le constat du gouvernement du président Woodrow Wilson est sans appel : la prostitution nuit grandement à l’effort de guerre, puisqu’elle ne cesse de mettre sur le carreau des quantités effarantes de soldats ou de marins, qui ont le malheur d’être basés à proximité de villes débridées comme La Nouvelle-Orléans.
La solution : interdire au plus vite la prostitution.
Le lobby historique des puritains porte finalement ses fruits, même s’il se conclut d’une manière qu’il n'espérait même plus, tellement il est extrême : Storyville est rasé.
| Voici ce qu'il en reste, du berceau du jazz, aujourd'hui. © Guillaume Fournier |
Abandonnés à leur triste sort, des musiciens migrent vers d’autres quartiers, tandis que d’autres, plus désespérés encore, s’en vont vers Chicago ou New York, sans savoir ce qu’ils feront de leur peau.
La réponse? Jouer de la musique, évidemment!
Et faire de ces deux villes de nouveaux pôles de ce style musical émergent.
L’ironie est superbe : grâce aux puritains, le jazz se libère finalement de La Nouvelle-Orléans pour se lancer à la conquête du monde.
*J’ai volontairement évité de raconter l’histoire des Cadiens dans ce texte, puisque je compte leur consacrer une entrée de blogue à part, lorsque nous serons plus avancés dans le pays cajun.
*J'ai accumulé un petit retard en écrivant ce texte, mais je crois bien que je pourrai le rattraper très bientôt! Stay tuned!
*J'ai accumulé un petit retard en écrivant ce texte, mais je crois bien que je pourrai le rattraper très bientôt! Stay tuned!
| Le Parc Louis Armstrong, qui est situé à proximité de l'endroit où se trouvait autrefois Storyville, à La Nouvelle-Orléans. © Guillaume Fournier |
En rafale :
Dans la rubrique « le saviez-vous »? : la pharmacie française de Louis Dufilho, qui est située dans le quartier français de La Nouvelle-Orléans, fut la toute première pharmacie d’Amérique. Voyez plutôt :
| Un soda, avec ça? © Guillaume Fournier |
| Pharmacien, ou alchimiste? Ou un peu des deux? © Samuel Matteau |
| Scène mythique, lieux mystique, tout concorde. © Samuel Matteau |
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| Weird. © Yannick Nolin |
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| C'est effectivement sur la tombe. #encoreplusweird © Yannick Nolin |
Si vous croisez Darth Vader qui danse sur de la musique populaire dans la rue, pas de souci, c’est que vous êtes encore et toujours sur Bourbon Street. À l’inverse, si vous souhaitez vivre une véritable expérience de jazz, nous vous recommandons d’explorer la rue Frenchmen, qui est déjà mille fois plus intéressante que Bourbon Street.
| En fredonnant dans sa tête la chanson thème de Vader, c'est encore plus épique! © Samuel Matteau |
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| #gotchamatteau? © Yannick Nolin |
Quand il pleut à La Nouvelle-Orléans, il pleut beaucoup. La preuve (trois kodaks, trois points de vue... du même coin de rue!) :
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| © Yannick Nolin |
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| © Samuel Matteau |
| © Guillaume Fournier |





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