[LOUISIANE] La création en itinérance

Par Guillaume Fournier

© Yannick Nolin

On ne crée pas sur la route comme on crée à la maison. 

Ça peut sonner comme une évidence, mais croyez-moi, il faut expérimenter ce genre de projet de création en itinérance au moins une fois dans sa vie pour comprendre qu’il s’agit d’une véritable épreuve de foi!

Ça fait partie de l’aventure : il faut accepter de se lancer dans le vide, en ayant la certitude un peu folle que nous allons réussir à mener notre projet à terme - même si nous ne savons absolument pas comment faire, pour y arriver.

Pour s’en sortir, il faut être constamment à l’affut. Accepter de ne pas être en contrôle. Croire en sa bonne étoile. Et rester ouverts aux signes que nous envoie la vie.

Car au final, les opportunités sont là, et il ne manque souvent qu’un simple geste de notre part, pour leur permettre de se révéler.

Mais encore faut-il être en position d’éveil, pour y arriver. Et ça, c’est évidemment plus facile à dire qu’à faire!

Personnellement, je crois qu'il n'y a que l'instinct qui peut véritablement nous guider, dans de telles situations.

Nous en avons déjà parlé, mais c’est exactement ce qui nous a amenés à aller documenter le Breaux Bridge Crawfish Festival.

Nous ne savions pas pourquoi nous voulions y aller, mais nous avions l’impression que c’était une bonne idée. Qu’il fallait le faire. Au moins une journée. Juste pour voir…

Vous aurez compris que nous n’avons pas été déçus par ce que nous avons découvert, puisque nous avons finalement passé trois jours à documenter cet événement. 

Trois jours magnifiques à voir naître, puis croître un superbe film de cinéma direct, juste devant nos yeux.


Et après?

Évidemment, nous n’avons pas fait que ça, depuis vendredi dernier.

Nous avons profité de notre passage au festival de l’écrevisse pour rencontrer D.L. Menard, une légende de la musique cajun, qui est maintenant âgé de 85 ans. Pour la petite histoire, M. Menard est l’auteur-compositeur-interprète de La porte d’en arrière, la chanson cajun la plus populaire de tous les temps, que vous pouvez découvrir ici :


Nous avons également profité du festival pour faire la rencontre de Forest Huval, un jeune chanteur cajun extrêmement prometteur, ainsi que celle de Mark Bernard, le Président du festival.

Ces rencontres ne nous seront peut-être pas très utiles, pour notre film orienté sur la question de la langue française, mais elles nous auront au moins permis de réaliser certaines choses, sur notre projet, et d’enclencher une véritable réflexion structurelle, qui serait probablement venue trop tard, autrement.

Tandis que nous étions en train de finaliser notre autre tournage en documentant la parade du festival, nous avons eu le bonheur de faire la rencontre de Patrick Frilet, un sympathique photojournaliste français, qui accompagnait trois de ses compatriotes, sur la «Route du Blues».

Armés de leurs appareils photo, ces derniers se promenaient un peu partout dans les rues, dans l’espoir de faire des portraits et de documenter, à leur façon, cet événement hors normes.

Nous avons appris, en discutant avec lui, que Patrick accompagnait souvent des photographes moins expérimentés dans des endroits comme celui-ci, afin de leur permettre de découvrir de nouveaux paysages et de voyager, tout à la fois. Je crois même avoir compris qu’il en faisait un métier.

Fascinant personnage, que celui-là!

Les précieux conseils qu’ils nous a donnés avant le début de la parade nous ont d’ailleurs permis d’achever notre travail et de filmer très précisément ce que nous avions envie de filmer. 

Nous le remercions pour ça!

Excursion

À la seconde où s’est terminé le festival, nous nous sommes dirigés vers Arnaudville, pour visiter le Centre culturel NUNU, qui se trouve dans une grange, au milieu de nulle part. 

Puis, nous nous sommes dirigés vers le Whiskey River Landing, un bar mythique du pays cajun, qui n’ouvre que le dimanche soir et qui rallie les plus fervents amateurs de Zydeco - un style musical à la croisée de la musique locale et du blues.

Là, nous avons eu l’occasion de découvrir la musique d’une autre célébrité : Geno Delafose.

Encore une fois, coup de coeur total pour ce magnifique établissement situé en bordure du bayou, qui regorgeait de personnages et de créatures fantastiques.

© Yannick Nolin

© Yannick Nolin

© Samuel Matteau
© Guillaume Fournier

© Guillaume Fournier

© Guillaume Fournier

© Guillaume Fournier

Et après après?

Je ne l’avais pas spécifié, mais c’est par notre virée au Whisky River Landing que nous avons conclu notre dimanche.

Évidemment, il nous restait encore la journée de lundi à affronter.

Comme toujours, notre programme était bien chargé : rencontre au CODOFIL pour Jean-Pierre et Yannick, puis direction Henderson, afin de rejoindre un certain Johnny Devillier, que nous avions rencontré de façon totalement aléatoire, dans la journée de samedi, au festival de l’écrevisse.

Par aléatoire, j’entends que nous marchions à travers la foule du festival, quand Johnny et sa femme Chris ont simplement décidé de nous aborder.

Est-ce de la faute de la caméra? Ou plutôt du fait que nous parlions français?

Toujours est-il qu'à peine quelques minutes plus tard, Johnny nous proposait de nous amener faire un tour dans le bayou.

Quand je vous disais que les projets de création itinérants reposent beaucoup sur les coïncidences et le hasard des rencontres! 

C’est donc comme ça que nous nous sommes retrouvés sur un bateau, lundi, afin de visiter le Bayou Teche, puis que nous nous sommes retrouvés chez Tony - l’oncle de Johnny - afin de rencontrer une partie de sa famille.
© Yannick Nolin

© Yannick Nolin

© Guillaume Fournier

© Samuel Matteau

Tony, constructeur de pirogue et amateur de voitures anciennes, nous a permis de visiter ses installations typiquement américaines, tandis que nous discutions cinéma avec Conni Castille - la nièce de Johnny, si je me souviens bien -, qui est professeur de cinéma documentaire, à l’Université de Lafayette.
© Yannick Nolin

© Yannick Nolin

© Yannick Nolin

© Yannick Nolin

Inutile de vous dire que les discussions furent passionnantes, et qu’elles se déroulèrent tantôt en français, tantôt en anglais, et plus souvent encore, quelque part entre les deux.

Des rencontres fascinantes, qui n’auraient jamais été possibles sans la générosité exemplaire de ces gens que nous avons rencontrés par hasard, et qui nous ont permis de mieux nuancer l’appréciation que nous avions des habitants de cette partie des États-Unis, qui ont tout de même voté en très grand nombre - rappelons-le - pour l’homme qui les représente aujourd’hui, à la Maison-Blanche.
© Yannick Nolin

© Yannick Nolin

© Yannick Nolin


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